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lundi 19 janvier 2015

La clairière du chant

Abdeghani Fennane (2014): La clairière du chant, Imprimerie El Wataniya.

 Extraits :
"Ô ma ville ton nom est ferveur de sang et de joie,
ton heure douceur qui piège,
ton lieu halte devenue fondation,
(permanence et reconnaissance au désert).
Ton secret, une rigole sournoise qui
brave l’écueil,
féconde l’aride.

Ô conscience tardive !

يا مدينتي اسمك عناق بين الدم والفرح،
وقتك له طعم الشرك
عبورك جذور في السراب،
امتداد للصحراء.
سرك ، مجرى مراوغ
تحد للشعاب،
له كيمياء الخصوبة.

اه أيتها اليقضة المتأخرة!

Ville rouge, rose, ocre, caca d’oie, carmin, violine…, que m’importe la polémique chromatique,
si sur ma peau se repaît le salpêtre de tes murs ;
dans le tympan, le bourdonnement jaune de ton ventre ;
dans mon souffle les échelles de tes espoirs
et trahisons ;
sur ma rétine chaque jour révélée ta mue de chenille presque acéphale;
si mon corps était le modulor ;
mon chant l’amulette ?


المدينة الحمراء الوردية، المغرة، القرمزية والبنفسجية ... لن يهمني جدل اللون
مادامت بشرتي تتغذي على ملح جدرانك؛
مادامت في أذني، الهمهمة الصفراء لأحشائك؛
وفي أنفاسي مقامات آمالك
وخياناتك؛
مادام كل يوم تتراءى في رأسي يرقتك الرخوة العمياء؛
مادام جسدي المعيار؛
و غنائي التميمة؟"

mardi 10 juin 2014

Un zéphyr aux confins de l'interdit


Voici un recueil de poèmes de Mohammed Derkaoui. Il mérite qu'on le lise de fond en comble! Comble des décombres d'une mémoire à la clef! La clef qui,  pour reprendre les mots de l'éditrice, donne accès à : " un vécu qui aurait pu être vécu autrement". Autrement dit, toutes les pistes (de lecture) sont ouvertes. Ouvertes comme un pronostic vital exsangue de toute nuance colorée:
Est-ce le temps de badiner?
L'arbre qui m'abritait
Cessa de me sourire
Cessa de me nourrir
N'a plus envie de fleurir
Brûlez-moi! Dit-il
Charbon, Je serai plus utile
J'inhiberai les couleurs puériles.
Les contrastes s'inversèrent
Toute lumière, ils absorbèrent
En remplirent l'encrier
D'où jaillit
Mon sang bouillonnant
Et mon désir ardent
De vivre comme je l'entends.
Je n'aime plus les couleurs
Qu'elles soient
Vertes, rouges ou azurs
Elles falsifient mes douleurs
Je n'aime plus les temps courts
Ni ceux qui durent
Le premier m'indique
De quoi seront pleines
Les matrices des mères
Mises en quarantaine
Pour attendre un bébé
De la fameuse reine. 
Photo © Brahim Tankine