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mardi 27 février 2024

L'ivre lumière du livre

Selon Sartre, le livre est un « ensemble de feuilles sèches ou alors une grande forme en mouvement : la lecture ».

Un livre fermé et placé dans les rayons d’une bibliothèque est une pièce close, verrouillée et obscure. Tout comme la chambre noire d’un appareil photo hermétiquement étanche à la lumière.

Cette série photographique librement intitulée « L’ivre lumière du livre » résulte d’un travail expérimental qui s’inscrit dans la mouvance des pratiques qui relèvent du « livre d’artiste ».   

Dans les expérimentations artistiques qui se fondent sur le livre, le contenu du livre, le texte ou son message sont mis entre parenthèses. Le livre devient un objet-tremplin vers la créativité. Selon Michel Melot (1984) : « Le livre-objet bouscule les barrières et cherche un langage nouveau à la fois objet, poème et spectacle confondus dans la forme totalisante- et souvent surprenante- d’un livre ».

Les réalisations qui consistent à détourner le livre de sa fonction première en font un objet-exutoire, un  matériau-prétexte pour être façonné autrement.

Pour moi, une fois ouvert, un livre est une lanterne qui illumine mes cheminements intérieurs. J’ai donc choisi d’ouvrir la chambre noire de mon appareil photo à cette lumière émanant  d’un livre. Toutes ces photographies donnent à voir un livre entrouvert en éventail pour induire un courant d’art ou accueillant comme une porte-fenêtre en double vantail donnant largement sur l’étendue rêveuse d’un paysage.

Cliquez sur l'affiche pour l'apprécier en haute résolution

mardi 10 juillet 2018

Sur les cimaises sévillanes

Du 16 au 22 juillet 2018, l'exposition "Instants  tannés de lumière" des photographes Jaafar Akil, Thami Benkirane et Mohammed Mali sera visible à la Fondation des trois cultures à Séville en Espagne:

Cliquez sur l'affiche pour la visualiser en grand

dimanche 19 novembre 2017

L'ivre lumière du livre

Exposition photographique à l'Institut Français de Fès de "L'ivre lumière du livre" de Thami Benkirane. Vernissage le vendredi 24 novembre 2017 à partir de 18 H 30.

 

jeudi 30 avril 2015

BARTHES : VISION

BARTHES / VISION
Comme déjà annoncé, le projet "Barthes /Vision" voit le jour : l’Institut français lance sa grande collecte d'images à l'échelle internationale sur le site www.barthes.vision

- Dans un premier temps, il va permettre aux internautes du monde entier de poster des images, en associant leurs photographies à l'une des quinze citations de Roland Barthes retenues pour le projet.
- Ce dispositif de collecte sera complété dans le courant du mois de mai, par un volet "exposition" qui présentera des sélections des photographies, et permettra aux visiteurs de naviguer parmi les images selon le numéro de citation choisie ou encore le pays de provenance des clichés.
Le site www.roland-barthes.org est partenaire du projet "Barthes/Vision" que coordonne l'Institut français
Nous renvoyons à l'édition de référence des Œuvres complètes de Barthes, éditées par Éric Marty,et publiées en 5 tomes aux éditions du Seuil (2002).
Nous utilisons l'abréviation OC (Œuvres complètes) suivi du numéro du tome avant d'indiquer la page.
Nous donnons le titre d'ouvrage ou d'article en tête de référence.
Nous faisons suivre du signe « = » un pointage plus précis dans l'ouvrage concerné (pour faciliter notamment le repérage pour les traducteurs des postes étrangers).



LES QUINZE CITATIONS A ILLUSTRER PAR DES PHOTOGRAPHIES:
# 1 ce que la Photographie reproduit à l'infini n'a eu lieu qu'une fois (La Chambre claire, OC V, 792 = section 2)
# 2 la photo de l'être disparu vient me toucher comme les rayons différés d'une étoile (La Chambre claire, OC V, 854 = section 34)
# 3 la Photographie, parfois, fait apparaître ce qu’on ne perçoit jamais d’un visage réel (ou réfléchi dans un miroir) (La Chambre claire, OC V, 872 = section 43 )
# 4 dès que je me sens regardé par l'objectif, tout change : je me constitue en train de « poser », […] je me métamorphose à l'avance en image (La Chambre claire, OC V, 796 = section 5)
# 5 l’air est ainsi l’ombre lumineuse qui accompagne le corps ; et si la photo n’arrive pas à montrer cet air, alors le corps va sans ombre (La Chambre claire, OC V, 876 = section 45)
# 6 ce que je cache par mon langage, mon corps le dit. [..] Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé... (Fragments d'un discours amoureux, OC V, 73-74 = « les lunettes noires », fragment 5)
# 7 la société s'emploie à assagir la Photographie, à tempérer la folie qui menace sans cesse d’exploser au visage de qui la regarde (La Chambre claire, OC V, 883 = section 48)
# 8 colorier le monde, c'est toujours un moyen de le nier (Mythologies, OC I, 798 = « Continent perdu »)
# 9 le mur appelle irrésistiblement la trace des songes profonds, des agressions ou des caresses intimes (« Société, imagination, publicité », OC III, 63 = « Le Mur »)
# 10 ce que le public réclame, c'est l'image de la passion, non la passion elle-même (Mythologies, OC I, 682 = « Le monde où l'on catche »)
# 11 je m'inquiète d'une société qui consomme si avidement l'affiche de la charité qu'elle en oublie de s'interroger sur ses conséquences, ses emplois et ses limites (Mythologies, OC I, 713 = « Iconographie de l'abbé Pierre »)
# 12 la Mode est en effet imitation collective d’une nouveauté régulière (« Le dandysme et la mode », OC II, 30)
# 13 l’image fige une infinité de possibles ; la parole fixe un seul certain (Système de la Mode, OC II, 914 = « IV. 1.10. Immobilisation des niveaux de perception »)
# 14 le langage est une peau (Fragments d'un discours amoureux, OC V, 103 = « L'entretien », fragment 1)
# 15 qu'est-ce donc que notre visage, sinon une citation ? (L'Empire des signes, OC III, 420 = « Le visage écrit »)

mercredi 12 mars 2014

Les choses de la grand-mère

 Du 04 au 27 avril 2014, l'artiste photographe Abdelghani Bibt expose son dernier travail intitulé "Les choses de la grand-mère". Le vernissage est prévu le vendredi 4 avril 2014 à 18 heures à la galerie Mohamed El Fassi, 1 rue Gandhi à Rabat.


Abdelghani Bibt explique sa démarche : « En fouillant dans la maison presque en ruine de ma grand-mère, j’ai découvert un petit sac renfermant des objets banals de son quotidien. En les photographiant, je n’ai pas cherché à les monter en épingle en leur donnant un sens plus élevé. Je n’ai fait que les exposer à ma lumière photographique. Ce n’est pas par amour des ruines comme disait Walter Benjamin, mais pour l’amour du chemin qui se fraie un passage au travers. »
 

Nous donnons en lecture le texte de présentation de cette série: 
Les photos qui composent cette série permettent de lever le voile sur le mystère que renferment les plis et les replis du sac de la grand-mère. Le photographe ne s’est pas contenté de dresser un inventaire distancié et froid du contenu du cabas de son aïeule.
Il ne s’agit pas ici d’inscrire le travail dans cette tendance photographique actuelle qui consiste chez les internautes à révéler au grand public le contenu de leur fourre-tout (Le groupe Flickr « What’s in my handbag » réunit plus de 25000 membres qui dressent avec une rigueur toute militaire  l’inventaire clinique des objets contenus dans leurs sacs). Il ne s’agit pas non plus de cette approche conceptuelle qui consiste chez Boby Doherty à établir un rapport entre le poids d’un sac (pesé au préalable) et la radiographie détaillée de son contenu.

Le travail photographique de Bibt relève de la mise en scène. Les objets ordinaires  mis en vedette révèlent un vécu presque oublié, oblitéré par le temps et  recèlent une charge intime qui conjugue familiarité, mystère et sacralité. Certains objets ne cachent pas leur fonction d’usage : peigne en écaille, épingles à nourrice, aiguille à coudre rouillée, fil à coudre, ficelle, morceau de tulle, montre, collier, fragment de collier, chapelet, rasoir à main mécanique, écorce de noyer séchée (souak), portraits photos en papier écornés. En revanche, d’autres objets ne manquent pas d’évoquer les gris-gris, le fétichisme ou la superstition en échappant à toute rationalité fonctionnelle : petit coquillage, caillou, petits fragments de textes manuscrits (talismans, vieux parchemins ?), mèche de cheveux, cristaux blancs (sucre, sel, alun ?), débris de végétaux desséchés…

Dans son livre publié en 2011 aux éditions JC Lattès et intitulé « Le sac, un petit monde d’amour », le sociologue Jean-Claude Kaufmann aboutit à la conclusion qu’il y a autant de sacs qu’il y a de femmes. Le sac est considéré comme une prolongation-projection de sa propriétaire. C’est l’un des lieux privilégiés où se fabrique l’identité.
Bibt n’a pas cherché à saisir dans l’intimité du sac l’identité de sa grand-mère. Il va bien au-delà de l’établissement d’un inventaire utilitaire. Tout d’abord il y a dans cette série photographique un objet qui manque à l’appel : le sac lui-même. On ne saura rien de sa forme ni de sa matière (cuir, toile, tissu…etc.). La mise en scène, par ses rapprochements formels entre les objets, contribue également à brouiller les pistes. Le recours métaphorique à l’eau et à ses vertus symboliques, à ses ondulations et à ses méandres n’est-il qu’un antidote contre le dessèchement des souvenirs et les  poussières de l’oubli ? (Texte de présentation : Thami Benkirane)





lundi 4 février 2013

CODES-BARRES DE LA PESANTEUR

        « Qu’est-ce que nous réfractons ?
      Les ailes que nous n’avons pas
.
»

                                      René CHAR (1978), Le Nu perdu, Poésie Gallimard, page 134
 

Cliquez sur l'affiche pour la voir en grand
Cette exposition est le fruit de la collaboration entre l'AMAP (Association Marocaine d'Art Photographique) et le Ministère de la Culture.
Présentation: 
Le titre donné à cette série de photographies n’a rien à voir sinon peu avec ce code constitué de barres parallèles et qui, apposé sur l’emballage de certains produits permet de les identifier moyennant un lecteur optique. Nous en faisons ici un usage pluriel et plutôt métaphorique.
Au départ, nous avons, à la faveur de la tenue hebdomadaire du souk aux oiseaux, observé le commerce des volatiles en cage. Nous avons été surpris par la tendance à mettre les petits oiseaux destinés au chant dans des cages aux dimensions extrêmement réduites! Il y a là à nos yeux une négation de l’essence même de l’oiseau: "Un seul oiseau en cage la liberté en deuil" (Jacques Prévert, 1977, Fatras, Gallimard).

Ce qui fait que l’oiseau est oiseau, ce sont avant tout les ailes qui lui permettent de s’affranchir de la pesanteur et de voler. C’est cette faculté de voler qui fait que l’oiseau, cet intercesseur entre le ciel et la terre, soit perçu comme un symbole universel de liberté. Abondant dans le sens des écrits de William Blake, Bachelard  dit :   « Pour Blake, le vol est la liberté du monde. Aussi le dynamisme de l’air est insulté par  le spectacle de l’oiseau prisonnier. » (cf. Gaston Bachelard, « La poétique des ailes », in  L’air et les songes. Essai sur l’imagination du mouvement.)
De tous les temps, l’Homme a caressé le rêve conscient ou inconscient de voler à l’instar de l’oiseau. Il y a donc comme une sorte de paradoxe: d’un côté, pour l’être humain, l’oiseau est synonyme de liberté et de l’autre, certains humains lui ôtent cette liberté pour le maintenir prisonnier d’une cage!

C’est donc par extension que j’ai cherché à rappeler à l’Homme que lui aussi est en liberté illusoire voire provisoire  et que les barres de sa prison sont très souvent invisibles ou immatérielles…
Dans la trame  qui fait l’unité de cette série d’images, il y a un fil conducteur parfois ténu: il évoque de loin ou de près les codes-barres, la représentation  réelle ou métaphorique, totale ou partielle de l’oiseau et tout ce qui nous renvoie à la pesanteur et ipso facto à son corollaire l’apesanteur.

Pour voir d'autres images de cette série, c'est par ici . L'entrevue donnée à cette occasion par